Vouloir sauver le monde, mais pas n’importe comment…
Petits occidentaux conscients de leur situation de privilégiés avec comme une envie de se rattraper, jeunes filles prenant conscience que « non, les trois kilos pris pendant les fêtes ne sont pas un problème d’ordre international », ou simplement une envie de vivre une expérience enrichissante tout en étant utile ; quoi qu’il en soit, le voyage humanitaire a le vent en poupe.
Le choix est large et il n’est pas toujours facile de savoir où se renseigner et trouver la mission qui convient, l’essentiel est de se sentir investi mais surtout de ne pas desservir le pays d’accueil.
PENSER SON DÉPART
Presqu’un effet de mode, partir en voyage humanitaire semble aujourd’hui aussi tendance que de porter des Ray-ban. Mais attention, il ne s’agit pas de partir sauver le monde, nous ne sommes pas dans une grosse production américaine et vous ne recevrez pas la légion d’honneur une fois de retour au pays. Le voyage humanitaire est souvent idéalisé et on a tendance à enfermer les autres dans le cadre de notre imaginaire. Il faut accepter de ne pas se retrouver dans des images d’Épinal.
S’en aller au bout du monde du jour au lendemain n’est pas une décision à prendre à la légère et mieux vaut être préparé autant psychologiquement qu’administrativement. Partir pour oublier Jean ou Marc qui vous a quitté la veille n’est peut-être pas l’idée du siècle. On part avant tout pour soi, pour l’expérience, le dépaysement, l’envie de faire quelque chose de bien. Chercher à savoir ce qu’il y a vraiment derrière un départ n’est pas anodin. Surtout que de nombreuses associations testent la motivation des candidats avant de les intégrer à la mission.
Une fois sur place, les bénévoles arrivent malgré eux avec une étiquette, celle de leurs pays ou de l’organisme avec lequel ils agissent. Partir n’engage pas que soi-même mais participe dàla construction de rapports internationaux qui se jouent à plus long terme.
UN CADRE POUR PARTIR
Pour partir en voyage humanitaire une large palette de choix est proposée, se laisser guider par une association ou être investi au point de monter son projet, voici les différentes options proposées.
1. Intégrer une association. Les sites internet foisonnent en matière de voyages humanitaires, les moyens sont limités alors il est souvent demandé de payer le billet d’avion, ce qui peut se comprendre, mais quelquefois l’on doit régler également le séjour sur place, c’est à chacun de juger ce qui lui semble acceptable. Quelques organismes à consulter : www.projects-abroad.fr et www.concordia-association.org.
2. Monter son propre projet. Peut-être le plus ardu des choix. Encore une fois les conseils regorgent sur internet mais il est préférable d’aller directement se renseigner auprès de professionnels. Les Conseils généraux des départements et des régions proposent des services spécialisés qui aident à monter un projet sans commettre d’impairs, ils aident aussi à rechercher des bourses et des partenaires. Un bon projet doit avant tout répondre aux besoins fondamentaux de l’être humain (éducation, égalité, pauvreté, faim…), assurer le développement économique des territoires, et favoriser les échanges culturels, sportifs, éducatifs et de savoir.
3. Faire un partenariat avec les structures locales. Il est possible d’entrer directement en contact avec des associations ou toute sorte de structures existantes sur place afin de partir les aider. Il convient d’être bien renseigné sur la structure. Les offres peuvent être plus alléchantes que la réalité, contacter d’anciens volontaires et fouiner sur les forums peut permettre d’en savoir davantage. L’ambassade de France dans le pays d’accueil recense les structures accueillant des ressortissants français, elles peuvent avoir des informations à fournir. Á l’inverse vous pouvez vous renseigner en France auprès de l’ambassade du pays dans lequel vous partez.
4. Faire du volontariat à la fin de ses études. Une sorte de VIE (Volontariat international en entreprise) mais dans les pays en développement, cela permet de partir pour une activité rémunérée dans son domaine de compétence. Les salaires sont souvent bas mais les responsabilités importantes.
5. Partir en voyage éthique. Choisir une forme de voyage culturel, éthique est déjà un progrès en soi, il n’est pas obligatoire de faire sa BA de l’année. Partir à la rencontre des gens en se positionnant de façon équilibrée et en évitant le tourisme de masse est une forme d’action. Prenez votre sac à dos, soyez « jeunes et aventuriers » et dormez chez l’habitant. Ces peuples vivent et survivent depuis des siècles sans nous, il ne faut pas se sentir obligé d’aller les aider matériellement, faire bouger les mentalités est déjà un grand pas. Pour les moins aguerris des associations de tourisme solidaire et alternatif existent, c’est plus cher mais tout le monde n’est pas prêt à partir seul. Tourisme solidaire et développement durable : www.tourisme-dev-solidaires.org ; le tourisme équitable : www.taddart.com ; randonnées et voyages à pied : www.labalaguere.com.
CHANGER LES PRATIQUES
L’humanitaire, même avec toute la bonne volonté du monde, entraîne souvent la reproduction des mêmes erreurs, des même schémas et on ne se remet pas forcément en question. Un problème occidental n’est pas valable pour tous les pays, on a tendance à appliquer nos problématiques aux pays dans lesquels on souhaite agir. Contre cela l’information est primordiale afin de faire un bon diagnostic de la situation et aider là où c’est réellement nécessaire.
Il convient de ne pas négliger les compétences locales. Apporter des médicaments peut aller à l’encontre de la politique sanitaire du pays, donner des vêtements peut d’une part ne pas être adapté au climat mais aussi dérégler l’économie sur place. Les compétences existent sur place, les peintres, les maçons… Il ne s’agit pas de prendre leur place et leur travail et de créerdes besoins. Néanmoins si vous partez, essayez de faire profiter des compétences qui vous sont propres.
La mission doit être pérenne, viable et survivre au-delà de votre action personnelle, une vision à long terme permettra le réel changement. Pour cela il est essentiel de travailler avec les structures locales afin d’assurer un relais sur place.
Il y a aide et assistanat. « Donne un poisson à un homme il mangera un jour, apprend lui à pêcher il mangera toujours », une petite phrase à méditer…
SE RENSEIGNER
Les collectifs :
> Coordination sud regroupe les ONG françaises de solidarité internationale www.coordinationsud.org
> Le Groupe URD, un institut associatif de recherche qui vise à améliorer les pratiques de l’action humanitaire www.urd.org
> Clong volontariat informe sur le volontariat de solidarité internationale www.clong-volontariat.org
> CRID, Centre d’Information et de Recherche pour le développement : www.crid.asso.fr
> Le réseau ANIMAFAC aide aussi à monter ses propres projets.
À voir :
> Nioro du Sahel, une ville sous tension, de Christian Lallier, 1998.
À lire :
> Rony Brauman, Humanitaire, le dilemme, éd. Textuels, 1996.
> Christian Troubé, L’humanitaire en turbulence, les ONG face aux défis de la solidarité internationale, éd. Autrement, 2006.





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