
La brève et merveilleuse vie d’Oscar Wao, de Juno Diaz
Contrairement à ce qu’on pourrait penser le Fuku n’est pas un étrange art martial. Non, le Fuku c’est cette scoumoune ancestrale que se coltinent des générations de dominicains et qui sans exception s’est déchaînée sur le gros Oscar Wao. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’Oscar n’a pas l’étoffe d’un winner. Il est obèse, ultrafan de science fiction et vit dans le fin fond du New Jersey, coincé entre une soeur rebelle et une mère tyrannique. Le plus triste, c’est que ce Tolkien boutonneux tombe amoureux toutes les dix secondes sans jamais pouvoir toucher au grisbi. Jusque là l’histoire ne semble pas très funky mais ce qui fait son piment, ce sont les racines d’Oscar qui nous font découvrir la République Dominicaine autrement qu’à travers ses séjours et ses prostituées low- cost.
S’il est difficile de pénétrer dans La brève et merveilleuse vie d’Oscar Wao, une fois passée l’épreuve du feu des vingt premières pages, on se retrouve embarqué dans la saga tragicomique d’une famille d’immigrés aux Etats-Unis. Cette famille est composée de personnages frappadingues tels que la mère, Beli, ex bomba latina traumatisée par son idylle avec un gangster ou encore la soeur, Lola, petite punk au coeur tendre qui fera tout pour aider son geek de frère. Ce roman nous instruit et nous éclaire. Mêlant subtilement la petite histoire à la grande, Junot Diaz ne mâche pas ses mots et en profite pour dénoncer le calvaire de son peuple ayant vécu plusieurs décennies sous le joug de l’ubuesque Trujillo, l’un des plus sanglants dictateurs de l’histoire d’Amérique latine.
Ce roman est une véritable bombe littéraire. Junot Diaz s’éclate et ça se voit. Il se fout du politiquement correct littéraire et allie le verlan, le spanish et le langage hip-hop, le tout formant un véritable melting-pot linguistique. Ainsi, dés les premières lignes, il nous plonge dans son univers survolté : « notre héros, c’était pas un de ces lascars dominicains dont tout le monde tchatche, ni un bogoss avec un milliard de bombax scotchés au slibard. » L’écrivain n’a peur de rien. Il fait la peau à la syntaxe, dynamite la linéarité du récit et loin de nous laisser sur la touche, nous entraîne dans un tourbillon littéraire qui nous laisse admiratif et en plein kiffe.





Commentaires
Pas de commentaires pour “L’art et la manière de vivre avec la poisse”